Asa des Irrigants du Pays d'Ensérune - Quand 550 viticulteurs s'unissent pour avoir accès à l'eau

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Dans l’Hérault, les 550 viticulteurs membres de l'Asa des Irrigants du pays d'Ensérune ont désormais accès à l’eau. L’agrandissement du réseau hydraulique secondaire a été rendu possible grâce à cette organisation collective. Les viticulteurs s’appliquent désormais à optimiser le partage de l’eau.

Quelle est la surface de vignes irriguées dans le Languedoc-Roussillon ? Un chiffrage à jour est complexe à trouver. 30 000 ha, peut-être 40 000. Ce qui est sûr, c’est que la tendance est à la hausse. Le Réseau hydraulique régional, porté par la Région Occitanie, a largement participé aux raccordement de milliers de viticulteurs à l’eau des rivières de l’Orb, de l’Hérault ou encore du Rhône.

Le collectif de viticulteurs des Irrigants du Pays d'Ensérune et les projets qu’ils portent illustrent cette dynamique. Réunis en association syndicale autorisée (Asa), ils sont aujourd’hui 550 a avoir accès à l’eau dans leur vignoble.

1700 ha de vignes irriguées en perspective

« L’Asa a été créée en 2010. L’organisation collective était une condition sine qua none pour avoir accès aux aides publiques, nécessaires au cofinancement de l’extension du réseau secondaire existant sur les 14 communes constitutives de l’Asa, introduit Gérard Bourdel, viticulteur et président de l’Asa des Irrigants du pays d'Ensérune. Le projet initial prévoyait l’irrigation de 1500 ha de vignes. Une première tranche a été ouverte en avril 2011. Dès juillet de la même année, les premiers adhérents ont eu accès à l’eau pour arriver à un potentiel de 500 ha. La deuxième tranche, débutée en 2014, couvre un périmètre de 400 ha supplémentaires. La troisième, en cours de finalisation, ajoutera 600 ha en plus. »

Pendant que les travaux avancent, de nouveaux viticulteurs s’impliquent dans l’Asa. Quand l’opération est techniquement possible, le maillage en place s’étend. C’est ainsi que, depuis sa finalisation, le périmètre de la tranche 1 s’est agrandit de 200 ha. « Le stress hydrique de plus en plus fréquent mène des viticulteurs à envisager l’irrigation en goutte-à-goutte, en premier lieu pour sécuriser le rendement les années sèches, avec un objectif moyen de 80-90 hl/ha », indique Gérard Bourdel. Sur l’Asa, 95% des parcelles raccordées sont en IGP.

L’accès à l’eau de l’Orb a, bien entendu, un coût pour les adhérents de l’Asa héraultaise. D’abord avec une participation aux frais générés par l’extension des réseaux hydrauliques : 1000 euros par hectare à raccorder pour les tranches 1 et 2, 1250 euros par hectare pour la tranche 3. À cela s’ajoutent une cotisation annuelle de 30 €/ha/an qui couvre l’entretien des installations et les frais de fonctionnement administratif de l’Asa. « Nous faisons appel à un prestataire de service local qui effectue tout le nécessaire réglementaire », précise Gérard Bourdel. Les viticulteurs ont ensuite à leur charge l’installation et l’entretien du goutte-à-goutte dans leurs parcelles, puis le paiement de l’eau consommée, facturée entre 0,12 et 0,14 €/m3 par BRL, la société d’économie mixte fournisseuse exclusive d’eau sur le réseau hydraulique régional.

Un partage de l’eau piloté sur les installations les plus récentes

L’Asa s’agrandit mais ses capacités de fourniture en eau ne sont pas infinie. « La vigne a besoin d’eau aux mêmes périodes pour tous les adhérents. Les années sèches, la demande est ponctuellement importante. Cela génère des problèmes, jamais jusqu’à présent sur la disponibilité en eau, mais sur la pression dans le réseau, précise Gérard Bourdel. Sur une même parcelle, les apports d’eau ne sont pas homogènes sur ces périodes de tension sur la ressource. Fort de ce constat, l’Asa a modernisé le fonctionnement de la tranche 3. »

Ce réseau est doté de surpresseurs. Aussi, des cabines abritant des compteurs individuels et des électrovannes mesurent et contrôlent l’arrivée d’eau dans les parcelles. Il y en a 58 répartis sur le périmètre, chacune assurant la gestion des parcelles dans un rayon de 300 mètres.

« Les viticulteurs raccordés à la tranche 3 ont tous des goutteurs avec un débit de 1,6 l/h, avec 4 000 goutteurs par hectare. Ils doivent faire une demande sur un serveur informatique pour réserver un créneau et activer l’irrigation. Selon la tension sur le réseau, pour garantir une bonne qualité d’irrigation, l’accès est ouvert dans un délai plus ou moins rapide sur les 48 heures à venir, avec un retour maximal de 12 jours. L’ouverture des vannes est automatique, à distance. Contrairement aux tranches 1 et 2, il n'y a pas besoin d’aller ouvrir manuellement les vannes. »

Pensé pour assurer le partage de l’eau entre tous les usagers, la tranche 3 devrait fonctionner à 70% de ses capacités pour 2022. « Si nous sommes satisfaits de l'automatisation, peut-être qu’à terme nous automatiserons la totalité du réseau de l'Asa », conclut Gérard Bourdel.

Article paru dans Viti Leaders de mai 2022

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