Désherbage - Glyphosate sur les vignes en coteaux : est-il possible de s'en passer? 

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Dans les vignes à forte pente, la remise en cause du glyphosate est une vraie inquiétude. La viabilité économique de certains terroirs viticoles semble en jeu. Les alternatives testées peinent à trouver leur pertinence économique quand la valorisation des vins n'est pas assez conséquente.

« L’emploi de désherbants chimiques est quasiment généralisé sur notre cru, et interdire le glyphosate aujourd’hui dans nos parcelles non mécanisables reviendrait à mettre fin à notre vignoble », explique Romuald Peronne, vigneron au Clos Saint-Sébastien et à la tête du cru Banyuls Collioure (Pyrénées-Orientales). Si la molécule attend sa nouvelle évaluation européenne pour mi-20231 pour les vignobles à forte pente ou en terrasse où le désherbage mécanique n’est pas réalisable, le vigneron pense qu'« un jour elle risque d’être interdite pour nos parcelles ».

Afin d’anticiper l’évolution de la réglementation, le GDA de la Côte Vermeille a cumulé les essais autour du passage au « zéro herbicide » : désherbage thermique, enherbement naturel, enherbement semé, paillage (tissés, broyats), robots (qui ne peuvent travailler que sur 10% du vignoble du fait des pentes), reconception du vignoble avec microbanquettes mécanisables, mais aussi herbicide d’origine naturelle (Belhouka), travail du sol à l’aide de treuil ou de traction animale, ou encore pâturage ovin en période hivernale.

Un risque accru d’érosion et d'accidents

« Aucune de ces alternatives n’a montré de pertinences technique et économique dans nos parcelles qui sont très différentes les unes des autres, avec chacune leurs spécificités : pentes, terrasses, accessibilités, etc., insiste Romuald Peronne. Sur nos sols pauvres et superficiels soumis à des sécheresses de plus en plus intenses, il est impossible de garder de l’herbe dans les vignes. Elle concurrence beaucoup trop les ceps et peut même entraîner leur mort ! Nos rendements sont déjà les plus faibles de France avec moins de 20 hl/ha, et la présence d’herbe, qui augmente le stress hydrique de la vigne, les réduit encore de moitié. Quant au travail du sol, il facilite l’érosion, lors des forts épisodes pluvieux au printemps et en automne, et détruit encore davantage les sols. »

Sur les 1 300 ha du cru Banyuls Collioure, seuls 2% des vignes sont actuellement désherbées mécaniquement, relate son président : « Avec le relief très escarpé, les zones les plus planes désherbables mécaniquement le sont déjà. Dans nos coteaux, l’entretien des sols ne peut s’imaginer que dans le sens perpendiculaire à la pente – pour éviter l’érosion et par la présence des murettes. Seuls la traction animale ou du très petit matériel du sol sont envisageables pour ce travail, mais aussi pour des questions de, sécurité. La moindre erreur sur ces coteaux peut être fatale. Il y a quelques mois encore, un vigneron est décédé dans un coteau, alors que son engin s’est retourné dans ses vignes. »

Faudra-t-il remodeler le vignoble?

Un désherbage chimique en plein est estimé entre 400 et 500 euros/ha/an (matériel + main-d’œuvre) pour un temps d’application de 15 h/ha/an, d'après Claire Pou, l’animatrice du GDA cru Banyuls et Albères. Pour elle, il est très compliqué économiquement d’envisager le "zéro herbicide". « Nous arrivons au bout des essais sur les alternatives, sans avoir trouvé de solution adaptée au terroir et à un coût acceptable vis-à-vis de la rentabilité des entreprises viticoles de la côte. Espérer d’autres solutions chimiques n’est pas stratégique et les firmes ne sortent pas, pour l’heure, de molécules pour remplacer le glyphosate. Remodeler les parcelles pour les nouvelles plantations est une piste, mais avec la limite de coteaux avec des pentes inférieures à 40 %, ce qui comporte un risque d’accroissement de l’érosion en cas de travail mécanique. »

Pour Romuald Peronne, attendre une nouvelle molécule est même risqué, avec des conséquences sur l’environnement qui peuvent être pires. « Avec un usage très raisonné du glyphosate, notre nuisibilité sur l’environnement est excessivement faible. Tout est fait à dos d’homme dans le cru. La confusion sexuelle est généralisée, et pourrions ne recourir qu’au soufre face aux maladies cryptogamiques. Un cahier des charges stipulant zéro insecticide et fongicide chimique, mais autorisant tout de même le glyphosate, pourrait être un atout pour maintenir la typicité de nos paysages. »

Enfin, si de nombreux acteurs touristiques bénéficient des paysages viticoles de la Côte Vermeille, l’entretien des vignes en coteaux pourrait ne pas revenir aux seuls vignerons. « La collectivité pourrait prendre à sa charge une partie du coût de l’entretien dans le cas de l’arrêt du glyphosate, afin de garder intact notre vignoble. Ou mettre une aide spécifique dans la PAC pour les vignobles de coteaux, jusqu’à 900 euros/ha, comme cela se fait en Italie ou en Espagne, mais la France ne semble pour le moment pas adopter cette piste », conclut Romuald Peronne.

(1) L’Union européenne a annoncé au printemps dernier que l’évaluation du glyphosate ne serait pas effectuée avant juillet 2023, même si son autorisation actuelle expire à la fin de cette année. La Commission européenne devrait bientôt proposer une prolongation temporaire de son autorisation pour faire le pont.

Vins de Bandol (Var) : « Envisager le zéro glypho par une bonne valorisation des vins »
Pour Étienne Portalis, vigneron au château Pradeaux sur l’appellation bandol, qui s’étend sur près de 1 600 ha de coteaux en bordure de mer, l’arrêt possible du glyphosate n’est pas une inquiétude. « Déjà 30 % des surfaces de notre appellation sont en bio, et cela continue de progresser. Nos plantations sont faites dans le sens des lignes de niveau, ce qui rend l’entretien des vignes assez mécanisable. Mais nous avons besoin de matériels compacts pour désherber. »
Aux côtés des outils tractés, rotofils et binettes électriques, la traction animale se développe aussi dans les vignes de Bandol : « Le passage au 100 % mécanique représenterait un coût non négligeable, mais l’image des vins de Bandol et leur demande toujours soutenue permettront de compenser cette hausse. »
Pour l’heure, le syndicat n’envisage pas de cahier des charges interdisant le glyphosate, même si la question est régulièrement posée. « Nous menons surtout une recherche pour réduire le glyphosate au maximum, dans l’interrang, les talus et tournières, sans pour autant l’interdire. L’enherbement nécessite aussi un vrai pilotage, entre maintien face à la l’érosion et destruction face au stress hydrique. L’ODG s’oriente sur des demandes d’aides, avec la création d’un groupe Dephy, pour mieux apporter des réponses sur ces sujets », reconnaît Olivier Colombano, directeur de l’ODG.

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