Vigneron du monde - Liban - Les panneaux photovoltaïques ont permis de réduire l'empreinte carbone du château Kefraya

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Le Liban est de nouveau confiné. Les commerces non alimentaires sont fermés. Les supermarchés restent ouverts pour les livraisons uniquement. Les déplacements de personnes ne sont pas autorisés sauf motifs sérieux : faire ses courses ou du sport n’en font pas parti. Dans les situations autorisées, il faut faire une attestation de déplacement en remplissant un formulaire officiel en ligne. Le restaurant, bien sûr, mais aussi le chai et l’embouteillage du château Kefraya sont fermés. C’est moi qui réalise le suivi indispensable des vins. La vigne, comme le reste de l’agriculture libanaise, est une activité considérée comme indispensable. Les équipes peuvent donc continuer de tailler. Heureusement que j’avais décidé de commencer plus tôt cette année. Il reste 20 jours de travail qui, je l’espère, pourront se faire avant d’éventuelles nouvelles mesures de restriction.

Nous sommes donc presque à l’arrêt. Je positive en considérant cette période comme mes premières « vacances » depuis deux ans. Cela me laisse du temps pour approfondir mes connaissances sur la permaculture et l’agroécologie : deux modes de production que j’intègre de plus en plus sur le château Kefraya. Ils sont complémentaires à l’agriculture biologique UE, label pour lequel le château est certifié. Il est dommage que la bio ne prenne pas en compte les questions environnementales dans leur globalité, les enjeux sociaux et sociétaux. Nous le faisons donc de manière informelle, souvent en allant au-delà de la réglementation libanaise, peu contraignante.

C’est le cas pour la gestion des effluents de cave. Le château Kefraya est équipe d’un système de collecte et de traitement réalisé grâce à plusieurs bassins de rétention. Après une phase d’aération, les eaux passent dans deux bassins plantés de roseaux. Pour les fonds de cuve des pulvérisateurs, la gestion se fait à la parcelle grâce au système de dilution qui équipe nos engins Berthoud.

L’environnement, c’est aussi l’empreinte carbone du domaine. Sur ce point, la production d’électricité est problématique au Liban. Les centrales fonctionnent principalement au fioul. Et quand l’électricité d’État est coupée, ce sont des générateurs au fioul qui prennent traditionnellement le relai. Sur de multiples aspects, cette solution n’est pas durable. En 2016, des panneaux photovoltaïques ont donc été posés au château. L’installation, qui a une puissance de 240 kVa, garantit notre quasi-indépendance énergique. Hormis durant les vendanges, l’électricité produite par les panneaux suffit à couvrir les besoins du domaine.

Ce billet est aussi pour moi l’occasion de parler de la valorisation que nous faisons des veilles barriques. Pour faire ces fûts, il a fallu couper des chênes plus que centenaires. Il me semble donc déraisonnable de simplement brûler les douelles après leur usage œnologique. C’est une insulte à la nature. Au château, nous leur donnons donc une nouvelle vie. Un artisan local s’en sert pour faire du mobilier, vendu sur le domaine. Cette initiative s’inscrit dans une démarche de décroissance dans laquelle il faut tous aller.
 

Dans la plaine de la Bekaa, à 1000 mètres d’altitude, s’étendent les 300 ha de vignes du château Kefraya. Fabrice Guiberteau est le directeur technique de cette propriété familiale qui se singularise par la mise en avant des terroirs et des cépages.

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