Paul-André Saulnier et Karine Antigny, ES20 Œnologie - Dans le Languedoc, "les épisodes secs et chauds ont dû bloquer la biosynthèse des tanins"

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Paul-André Saulnier et Karine Antigny, œnologues conseil chez ES20 Œnologie dans le Languedoc, du côté de Béziers, témoignent de leurs constats relatifs au millésime 2022, encore en cours de récolte pour les rouges. Pourtant, les vendanges ont commencé le 4 août.

Dans notre secteur autour de Béziers, dans l’Hérault, les premières récoltes ont commencé le 4 août, battant largement le précédent record du 12 août avec le chardonnay et le pinot noir ! Cette précocité a pris de court des vignerons et des caves coopératives dont les salariés étaient encore en congés.

L’hétérogénéité des parcelles est notable pour ce millésime en fonction de la situation géographique, plaine ou coteau, de la ressource en eau, avec ou sans irrigation, et du gel de 2021. Il ne fallait pas se fier à l’ordre de vendanges traditionnel des parcelles. Fin août, des syrahs étaient bonnes à vendanger.

Pour conserver de la fraîcheur sur des profils de vins blancs aromatiques et rosés, il a fallu récolter avec de plus petits degrés que d’habitude. L’apport de moût concentré rectifié permettra de rééquilibrer les jus. On trouve aussi des carences en azote dans les moûts, organique ou minéral. Il est donc important d’analyser les jus avant de corriger.

Et comme dans de nombreux autres vignobles, le brunissement des jus est marqué en blanc et rosé. Un collage à la caséine est très efficace à faible dose sur le jaune. Les dérivés de levures capables de libérer une grande quantité de glutathion donnent aussi de bons résultats.

Sur les profils de vins plus élaborés, pour lesquels on attend de la matière, l’acidification sera plus fréquente que d’habitude. Avec du tartrique en majorité, mais aussi de plus en plus par bio-acidification. Nous avons de plus en plus de vignerons particuliers en recherche d’une acidification plus naturelle, plus stable dans le temps et bien intégrée lors de la dégustation.

À noter aussi que sur les rouges, les pellicules ne sont pas très tanniques malgré les peaux épaisses. Les épisodes secs et chauds ont dû bloquer la biosynthèse. Néanmoins, comme le ratio pellicule/jus est important, il faudra être vigilant lors des éventuels piégeages et remontages afin de ne pas trop extraire.

Enfin, la seconde période de vendange est menacée par l’état sanitaire des baies qui se dégrade.

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