Variétés résistantes Resdur - Une baisse d’efficacité pour le gène Rpv3.1

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Dans le cadre du réseau Oscar, les chercheurs Inrae-IFV surveillent l’évolution de la virulence des populations de mildiou et d’oïdium face au déploiement des variétés résistantes. Au sein des gènes antimildiou Rpv3, le Rpv3.1 baisse en efficacité. Les nouvelles variétés Resdur s’adaptent, en conservant une résistance polygénique.

Floréal, muscaris, souvignier gris… voici quelques-unes des variétés résistantes au mildiou et à l’oïdium que l’on retrouve le plus fréquemment dans le vignoble français. Utiliser l’adverbe « fréquemment » est presque hors propos ; les variétés résistantes couvrent moins de 0,2% des vignes du territoire. Néanmoins, de plus en plus de viticulteurs sont tentés. Pour preuve, quatre ans après leur intégration au classement français, les variétés résistantes Resdur 1 de l’Inrae sont présentes sur 500 ha.

Renforcer la résistance au mildiou

Le programme Resdur 1 mobilise six facteurs de résistance :

Rpv1, Rpv3, Rpv10 pour le mildiou ;Run1, Ren3, Ren9 pour l’oïdium.

Les suivis réalisés en France et à l’étranger indiquent depuis plusieurs années une baisse d’efficacité pour le facteur Rpv3.1. Des contournements ont même été constatés. « Au sein des parcelles du réseau Oscar, nous surveillons et mesurons l’évolution des niveaux de résistance. Et on constate, en effet, une baisse d’efficacité du facteur Rpv3.1 », indique Anne-Sophie Miclot, coordinatrice du réseau Oscar.

Parmi les variétés résistantes autorisées en France, plusieurs sont porteuses du facteur Rpv3.1. Citons : johanniter, sauvignac, artaban et floréal. « Les années de fortes pressions comme en 2021, l’état sanitaire des variétés polygéniques intégrant le facteur de résistance Rpv3.1 est très bon, mais il peut y avoir des symptômes visibles sur feuilles ; c’est le cas sur floréal ou sur grappe ; c’est le cas pour artaban. »

Le facteur Rpv3.1 n’est pas le seul a être contourné par des isolats de mildiou. Récemment, l’information d’un isolat de mildiou contournant à la fois les gènes de résistance Rpv3 et Rpv12 a été rapportée en Suisse.

Sur l’oïdium, une situation similaire a été observée pour le facteur de résistance Run1 avec un isolat naturel d’oïdium originaire du sud-est de l’Amérique du Nord, capable de se développer sur des vignes portant le gène de résistance Run1 en échappant complètement à la détection.

Miser sur le polygénisme

Pour préserver les facteurs de résistance connus au mildiou et à l’oïdium, l’Inrae continue de développer des variétés polygéniques, c’est-à-dire d'associer au moins deux facteurs de résistance par maladie. Pour la série Resdur 2, la résistance au mildiou repose sur les facteurs Rpv1 et Rpv10. Pour Resdur 3, attendu pour 2024-2024, Rpv3 serait de nouveau intégré.

À moyen terme, l’Inrae espère intégrer de nouveaux facteurs de résistance mildiou et oïdium. « On prépare actuellement des géniteurs ou des donneurs de résistance portant des facteurs différents de ceux précédemment cités. L’Inrae réalise les premiers croisements d’incorporation pour les gènes Rpv2 pour le mildiou, Ren1, Ren6 et Ren7 pour l’oïdium, détaille Christophe Schneider, ingénieur de recherche à l’Inrae Grand-Est. Mais il faudra attendre des années pour avoir des variétés inscrites au catalogue. En attendant, il est important de ne pas mettre en faiblesse ceux qui sont déployés et de ne pas privilégier les variétés monogéniques, surtout celles portant seulement le facteur Rpv3 pour le mildiou. »

QUELS GÈNES. Vous voulez connaître les facteurs de résistance d’une variété ? Le site Internet allemand www.vivc.de référence la plupart des variétés autorisées en France et indique clairement leurs bagages génétiques.

BLACK-ROT. Un facteur de résistance au black-rot est connu. Il pourrait être utilisé (seul ?) dans les variétés Resdur3. Les autres variétés Inrae ont une résistance partielle qui n’est pas suffisante les années de forte pression. Un à deux traitements sont nécessaires pour éviter les dégâts sur grappe. La variété Artaban est la plus sensible des Resdur 1.

IFT. Sur les parcelles du réseau Oscar, l’IFT fongicide est 77 à 95 % moins important par rapport aux références nationales 2019. Les variétés résistantes limitent les traitements mais n'en dispensent pas totalement. 

TARDIF. La gamme de précocité des variétés Resdur 1 va de la première à la deuxième époque. Sur Resdur 3, des variétés pourraient être de troisième époque comme le viognier, l'ugni blanc, le grenache et la syrah. 

Quelles sont les variétés Resdur 2?
En début d’année 2022, cinq nouvelles variétés polygéniques sont venues élargir la gamme des obtentions issues du programme Resdur inscrites au Catalogue national officiel des variétés de vignes. Les pépinières peuvent donc produire des plants dès à présent, mais il faudra attendre leur classement d'ici quelques mois pour pouvoir les planter. 
Ces variétés disposent de résistances polygéniques très élevées contre le mildiou et totale contre l’oïdium. Elles présentent une moindre sensibilité au black-rot que les variétés Resdur 1 et une meilleure résistance au mildiou.
COLIRIS N
Maturité : première époque. Une semaine avant le gamay, trois semaines avant le cabernet franc.
Productivité : élevée du fait de sa fertilité qui peut être régulée par la charge et/ou par un éclaircissage.
Tolérance à la pourriture : très bonne.
Profil de vin : aptitude à l’élaboration de vins fruités, puissants et charpentés, avec une intensité colorante élevée.
LILARO N
Maturité : deuxième époque, comparable au merlot dans le Gard et deux semaines avant cabernet franc en Val de Loire.
Productivité : assez élevée, dépassant de 15% les valeurs du merlot ou du cabernet franc témoins.
Tolérance à la pourriture : assez bonne, dans certaines situations, des interventions préventives au moyen d’effeuillages ciblés peuvent être nécessaires.
Profil de vin : aptitude à l’élaboration de vins fruités, équilibrés, avec des tanins fins et une intensité colorante correcte.
SIRANO N
Maturité : deuxième époque tardive, une semaine avant le cabernet franc, deux semaines après le merlot.
Productivité : élevée.
Tolérance à la pourriture : bonne.
Profil de vin : aptitude à l’élaboration de vins à dominante épicée avec des notes végétales positives, assez charpentés avec des tanins fins et une intensité colorante assez élevée.
SELENOR B
Maturité : première époque, comparable au chardonnay.
Productivité : peu productif du fait de petites grappes aérées, avec des baies de petite taille.
Tolérance à la pourriture : bonne.
Profil de vin : aptitude à l’élaboration de vins blancs légèrement aromatiques, avec des notes florales.
OPALOR B
Maturité : deuxième époque, deux semaines après le sauvignon blanc, comme le pinot blanc.
Productivité : élevée avec une production inférieure au sauvignon ou au pinot.
Tolérance à la pourriture : très bonne.
Profil de vin : aptitude à l’élaboration de vins blancs bouquetés avec des arômes de fruits, bien équilibrés par l'acidité.
Source : Inrae - UMR SVQV, Colmar

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